Entretien avec 3 musiciens de L’OIG

Alexandra Conunova, violoniste Moldave, Hanovre

L’expérience humaine avant tout

J’ai quitté mon pays natal, la Moldavie, quand j’avais 14 ans pour aller étudier à Rostock en Allemagne. Depuis quelques mois, j’habite Hanovre où j’étudie à la Haute Ecole de Musique.

J’ai aujourd’hui 22 ans et ce que j’aime avant tout dans un orchestre c’est de parvenir, à travers la musique, à partager, avec un soliste ou les autres musiciens, une expérience humaine exceptionnelle en mêlant nos différences, nos manières de penser et d’envisager la vie.

C’est ce que je recherche toujours, en particulier en venant jouer avec L’OIG où les musiciens, jeunes ou plus expérimentés, viennent de plusieurs pays pour se retrouver à Genève. C’est cette aventure, avant tout humaine et sans frontières, que je vais y vivre et c’est merveilleux de la faire partager au public lors du concert.

Christophe Sturzenegger, cor, Suisse

L’enthousiasme contre la routine !

Après mes études au Conservatoire de Genève, j’ai intégré l’Orchestre de l’Académie de l’Opéra de Zürich, puis l’Orchestre de Bâle que j’ai décidé de quitter après quatre ans.

En effet, je suis corniste mais aussi pianiste et, avant tout, un artiste pluridisciplinaire qui aime monter des projets de toutes sortes - je dirige, par exemple, un festival à Genève consacré à la musique pour cuivres.

En ce sens, participer aux concerts de L’OIG est pour moi exactement ce que j’aime. Ce sont des projets ponctuels où des musiciens se retrouvent avec la même envie de jouer ensemble. Bien sûr, on arguera du fait que jouer toujours ensemble permet de forger le son d’un orchestre. Et bien, pour moi, ce n’est pas le plus important. L’enthousiasme que nous éprouvons tous, en nous retrouvant épisodiquement, nous permet de dire des choses tout aussi intéressantes et c’est bien cette expression de la musique qui me semble l’essentiel.

À L’OIG, la plupart des musiciens viennent d’horizons très différents, ils ont pratiquement tous des projets comme moi, en dehors des orchestres avec lesquels ils jouent. On en parle, on échange nos expériences, notre idéal, on vit la musique autrement.

C’est sans doute un concept nouveau, mais le monde musical change à toute vitesse et ce n’est pas pour rien si, à Paris par exemple, à côté des prestigieuses phalanges nationales, certains orchestres se réunissent pour quelques projets spécifiques (baroques ou autres) et déchaînent tant d’enthousiasme.

On est à un tournant. Il ne faut pas le rater et c’est ce qui m’attire dans l’expérience que nous vivons au sein de L’OIG.

Annie Guenette, violon, Canada

Quand le Québec s’en mêle !

J’ai fait mes études à l’Université McGill de Montréal et à l’Université du Michigan aux Etats-Unis.

J’ai joué plusieurs fois au Festival de Verbier ; et intégrer L’OIG, en novembre 2010, a été pour moi une expérience inoubliable. Tous les musiciens étaient d’un très haut niveau et venaient d’endroits si différents que cette variété apportait à l’ensemble une richesse supplémentaire.

Les cordes étaient formées de jeunes musiciens qui voulaient vraiment se surpasser. Les vents étaient déjà plus avancés dans la carrière.

Le dépassement de soi et la générosité sont les maîtres mots de cet orchestre. Ils sont nécessaires, car les musiciens se rencontrent pour des projets très spécifiques, dans un laps de temps bien défini où l’on sait qu’il va falloir un professionnalisme à toute épreuve et un investissement de chaque instant basé sur une concentration et une créativité exceptionnelles.

C’est cet aspect du travail, cette urgence, qui fait de chaque concert une sorte d’événement et le public y est très sensible.

Dans un orchestre permanent, on arrive vite à savoir ce qui va se passer, c’est plus prévisible. À L’OIG c’est toujours un défi, et c’est justement ce défi qui, paradoxalement, crée la cohésion, la cohérence et l’homogénéité. Un musicien qui n’est pas motivé n’y a pas sa place !

Et puis, dans un orchestre qui se rencontre seulement de temps en temps il n’y a pas de ‘chicanes’, comme on dit au Québec, comme dans des ensembles où l’on se côtoie presque tous les jours !

Et cela n’est pas négligeable quand on doit tous parvenir à une belle harmonie !